Rassembler la gauche

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1 novembre, 2007

L’ OR SALE .

Classé dans : Non classé — domikpcf @ 21:58

Rencontre-débat avec Camille de Vitry (réalisatrice du documentaire : « Le prix de l’or » ), Gilles Labarthe (auteur du dossier Noir n°22 : « L’or africain, Pillages, trafics & commerce international » , ed. Agone), et des représentants de l’ARCSF, SAMEDI 10 NOVEMBRE, DE 14 HEURES 30 A 19 HEURES, SALLE ASSOCIATIVE PLACE DE LA REPUBLIQUE 93100 MONTREUIL
entrée libre

Sadiola est une commune composée d’une multitude de villages, au sud-ouest du Mali. Sa particularité ? Son sous-sol renferme une des réserves d’or les plus productives du monde. Son exploitation à l’échelle industrielle depuis 1996 aurait dû apporter la prospérité à ses habitants. Mais ce sont des compagnies multinationales qui exploitent ce sous-sol.

Alors qu’en est-il ? Interdiction de l’orpaillage traditionnel, déplacement de populations, destruction de villages, pollution des eaux et des sols au cyanure et à l’arsenic, pollution de l’air par les poussières soulevées en permanence par la noria des camions de la mine, fausses-couches, décès, maladies inexpliquées, conditions de travail contraires au droit humain pour les habitants de Sadiola employés à la mine…

Nous vous proposons de venir écouter les membres de l’Association des Ressortissants de la Commune de Sadiola en France, qui nous parleront de l’évolution de la situation depuis que s’est constituée leur association de défense des droits des habitants de la commune. Camille de Vitry, qui a témoigné de cette situation insupportable dans son documentaire, « Le prix de l’or », participera à cette rencontre-débat, et nous donnera son éclairage sur ce combat qu’elle accompagne depuis plusieurs années.

Enfin, force est de constater que, nouvel Eldorado de l’exploitation de l’or africain, le Mali n’en figure pas moins parmi les pays les plus pauvres de la planète.

Gilles Labarthe, auteur de « L’or africain, pillages, trafics & commerce international », nous apportera son analyse des mécanismes de la prédation de l’or africain et des trafics qui en découlent, en replaçant le cas de Sadiola et du Mali dans son contexte international.

rencontre projection débat, organisé par l’ARCSF et Survie, en soutien à l’ARCSF http://survie-paris.org

De : Survie PiF
jeudi 1er novembre 2007

La face carchée de la droite .

Classé dans : Non classé — domikpcf @ 21:38

la face carchée de la droite décomplexée : une ouverture peut en cacher une autre…

La face cachée de la droite décomplexée : « Une ouverture peut en cacher une autre… » par Paul Ariès directeur du sarkophage extrait du dossier publié dans le sarkophage n°2 en vente dans les kiosques 2 euros jusqu’au 15 novembre… Ce texte peut être librement reproduit avec mention de sa publication initiale dans le journal le sarkophage.

L’ouverture à gauche n’est qu’une mise en scène savamment entretenue pour masquer une autre ouverture vers l’extrême droite… bien réelle celle là. Sarkozy sait très bien que le débauchage de personnalités issues de la gauche ne peut lui garantir -- au delà de l’effet destructeur immédiat sur le PS ou ses alliés- une base politique suffisante pour pérenniser son système. Sa « droite décomplexée » devra bien dévoiler son identité véritable. La fraction de l’appareil « socialiste », acquise de longue date aux vertus du libéralisme, ne représente en effet aucun poids électoral ni avenir politique. Ce débauchage relève de la politique-spectacle telle qu’a pu la pratiquer Mitterrand lorsqu’il nomma au sein du gouvernement de gauche des personnalités du centre droit comme Stoléru, Soisson, Rausch ou Durafour. Sarkozy n’entend nullement s’ouvrir à certains thèmes de gauche comme lorsque VGE imposa contre (une fraction de) sa propre majorité le vote de la loi Veil sur l’IVG grâce aux suffrages des députés « socialo-communistes ». Ceux qui à gauche rejoignent Nicolas Sarkozy se rangent derrière le gouvernement de droite le plus à droite que la France ait connu depuis Vichy.

Le modèle italien Cette gesticulation médiatique sert à cacher une autre ouverture déjà bien engagée vers les idées de l’extrême droite et bientôt vers ses hommes et ses structures. Sarkozy n’a pas seulement siphonné une partie de l’électorat du Front national, il a également pillé les idées de la « droite nationale » en attendant de pouvoir/devoir l’intégrer au sein d’une union de toutes les droites. C’est ce modèle italien qui a permis le Berlusconisme mais aussi le maintien au pouvoir du clan Bush et que l’on peut analyser comme une volonté de rapprocher toutes les familles de la droite, à l’exclusion des courants dit de la « fausse droite » car allergiques à ses « vraies » valeurs. Tout l’avenir du Modem se joue dans cette fenêtre : préserver un centre droit qui se refuse à toute alliance avec les idées qualifiées d’extrémistes. Ce modèle de convergence des droites est théorisé depuis une décennie notamment au sein de la revue italienne ideazione (Idées et actions). Détail significatif : l’Alliance Nationale (ex MSI, parti néo-fasciste italien) a non seulement fait campagne pour Sarkozy mais Gianfranco Fini, son leader, préface l’édition italienne du livre de campagne du candidat Sarkozy… Les grandes manoeuvres ont d’ailleurs débuté depuis longtemps au sein des réseaux des droites françaises parlementaires, radicales et « nationales ». L’opération ne pouvait cependant réussir qu’avec la disparition ou la mise à l’écart de toute une génération politique qu’elle soit gaulliste ou néo-fasciste : d’un côté, les électeurs de droite doivent apprendre qu’ils n’ont plus d’ennemi à droite puisque le maintien au pouvoir du sarkozysme suppose la constitution d’un bloc idéologique et électoral hégémonique ; d’un autre côté, les électeurs d’extrême droite doivent reconnaître (comme ils le font déjà massivement) dans Sarkozy et l’UMP leurs plus proches cousins… Sarkozy ne peut pour cela ignorer leurs thèses et sensibilités. C’est là toute la différence avec Mitterrand qui a su prendre plusieurs millions de voix au parti communiste en amenant ses électeurs sur ses propres thèses alors que Sarkozy ne peut gagner sur sa droite qu’en se droitisant lui-même, ce que traduit la formule d’une droite décomplexée.

Plusieurs réseaux préparent activement ce rapprochement. On trouve déjà au coeur du système Sarkozy beaucoup d’anciens extrémistes. Patrick Devedjian, en charge de garder la maison UMP (en l’absence de son chef d’ailleurs non remplacé à la direction du parti) est l’idéologue le mieux placé pour l’empêcher de retomber dans les travers d’une « fausse droite » : ancien dirigeant du groupuscule néo-fasciste Occident, condamné en 1967 pour « violences et voies de fait avec préméditation et armes » pour sa participation à une attaque contre des militants du comité Vietnam de Rouen, favorable à « une ouverture jusqu’aux sarkozystes » (entendez à une ouverture toujours plus à droite…), participant aux assemblées du très secret groupe Bilderberg… Claude Estrosi, aujourd’hui secrétaire d’Etat, ex-président du Conseil général des Alpes-maritimes, bastion des convergences douteuses entre les droites (sans doute un effet de la proximité de l’Italie…) appelle certes à « combattre » l’extrême droite… mais en lui piquant ses idées et y compris en cherchant des alliances électorales avec le FN (comme en mars 1998 dans la région PACA) ; Hervé Novelli, aujourd’hui Secrétaire d’Etat après avoir été leader du groupe des « Réformateurs » qui réunissait plus de cent députés de l’UMP lors de la précédente magistrature, mais lui aussi ancien d’Occident, d’Ordre Nouveau, du Parti des Forces nouvelles, du CNI, délégué général de Démocratie libérale (UDF) du temps du peu recommandable Madelin, membre de la direction du club « Idées Action », favorable au rapprochement avec le FN (affaire Millon, soutien du FN lors de son élection de 1997), ne regrette pas ses tentations néo-fascistes de jeunesse : « J’étais plus jeune que les autres, mais j’étais spontanément du côté de l’ordre. A l’époque, il n’y avait rien entre l’extrême droite et l’extrême gauche. Je n’ai pas de regret. Occident, c’était un engagement anticommuniste dans lequel je me reconnais toujours. C’est une époque révolue, il en reste une sorte d’amitié liée à l’adolescence. Ne tombons pas dans le piège de la béatification de l’extrême gauche et de la diabolisation de l’extrême droite » (Le Monde 13 février 2005) ; sans oublier, bien sûr Gérard Longuet, Claude Goasguen ou William Abitbol, eux aussi anciens d’Occident (la liste est malheureusement trop longue pour être citée…).

Pour tous ces réseaux, le sarkozysme représente une « divine surprise », car il permet de recycler dans la vie politique des courants d’idées qui n’avaient plus droit de citer depuis Vichy et l’Algérie française (OAS…). Dans les coulisses, on croise d’autres activistes tout aussi revanchards. Leur mission : tisser des liens entre les diverses familles et nourrir intellectuellement ceux qui oeuvrent à la droitisation de la droite française. Parmi eux : Jean-Gilles Malliarkis (passé de l’admiration de Mussolini au culte du libéralisme économique, dirigeant des tristement célèbres éditions du Trident, ancien d’Occident, fondateur d’Action Nationaliste, du Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, de Troisième voie, etc) : « la droite française surdimensionne son complexe culturel face à la gauche » ; « les Français ont donné à la droite une majorité claire et un mandat précis » (2 juillet 2007 in son site l’Insolent) ; Michel de Rostolan (lui aussi ancien d’Occident, fondateur du cercle Renaissance qui œuvre, depuis 1970, au rapprochement de la droite et de l’extrême-droite, dirigeant du CNI lorsque se dernier présenta des candidats avec le Front national, vice-Président en 1987 du Comité de soutien à le Pen ; Xavier Raufer (de son vrai nom Christian de Bongin), encore un ancien d’Occident, proche aujourd’hui des libéraux de Claude Reichman, spécialiste de criminologie, auteur d’ouvrages contestés écrits en collaboration avec Alain Bauer (ancien Grand Maître du GODF, rallié à Sarkozy : symbole du basculement à droite d’une partie importante des francs maçons du Grand Orient), tous deux véritables « marchands de peurs » et inspirateurs de la politique sécuritaire de Sarkozy ; Guillaume Roquette (dirigeant de Valeurs actuelles) ; Henry de Lesquen, Président du Club de l’horloge, l’un des principaux lieux où se pense le rapprochement entre droite parlementaire et extra-parlementaire. « L’union de la droite » (sous-entendu avec le FN) y est donnée de façon explicite comme « la clef du renouveau de la France » : « Le verrouillage politique qui met le FN au ban des partis est le fidèle reflet du verrouillage idéologique qui empêche de parler librement de certains sujets vitaux pour l’avenir de notre pays. C’est parce que le FN ne se conforme pas aux interdits édictés par les hérauts de l’idéologie dominante qu’il est victime d’ostracisme et exclu de l’arc constitutionnel, en tant que parti d’extrême droite. » Pour Jérome Rivière, alors député UMP, Michel Noir reste l’anti-modèle pour avoir déclaré qu’il préférait « perdre les élections que perdre son âme ». Jacques Chirac se serait comporté comme un « idiot utile » (sic) en expliquant « qu’on ne pouvait pas travailler avec le Front national » et aurait commis « un déni de démocratie » en refusant de débattre avec Le Pen lors du second tour des élections présidentielles de 2002. Mais le chef du FN est également égratigné pour avoir refusé la main tendue par Pasqua qui affirmait pourtant partager avec lui « des valeurs communes » …

L’union des droites serait possible car les électeurs de la droite partageraient désormais les mêmes valeurs de base que ceux du FN : cette thèse, énoncée trop tôt par Charles Pasqua, fait de nouveau fureur. Jérome Rivière (ex député UMP, proche de de Villiers) en a fait son fonds de commerce : « Sur l’immigration, la sécurité, la fiscalité, l’identité nationale, la politique étrangère, existe-t-il des « valeurs communes » entre le FN et la droite classique ? Evidemment oui. » . Il ajoute qu’il existerait une « préférence étrangère en France » et cite même la phrase de Paul Morand « Je suis triste parce que je vois mourir la race blanche »… Henry de lesquen voit dans ces valeurs communes la justification de sa stratégie : « On nous dit que le thème de l’union de la droite est une duperie, parce que la droite établie, n’est pas une vraie droite. Ce jugement, qui paraît sensé, est en réalité à courte vue, car les électeurs de l’UMP, eux, sont incontestablement de droite… » (13 mai 2007). Venant de ce vieux routier de l’extrême droite, on ne sait pas si ce jugement sera reçu comme un compliment par tous ceux qui ont voté pour Sarkozy… L’union des droites serait également possible puisque les thèmes qui valaient autrefois son exclusion au FN seraient aujourd’hui ceux de l’UMP. Certains réseaux comme ceux de Philippe de Villiers, de Charles Pasqua, de Charles Millon, de Christine Boutin y travaillent depuis des décennies. Boutin est au gouvernement et ses idées sont plus présentes que jamais. Millon et ses réseaux reprennent des couleurs… de Villiers se félicite des « premières réformes symboliques » de Sarkozy qui sont « celles d’une droite qui s’assume enfin » mais attend que l’ouverture se fasse aussi à droite… Pasqua se réjouit également de ce virage à droite « Sarkozy pour se faire élire a adopté la stratégie de droite que je préconisai depuis 20 ans. » (3 juillet 2007).

Les droites non parlementaires (dont le FN n’est qu’un maillon) auraient finalement contribué à préserver l’idéologie de la « vraie droite » qui pourrait aujourd’hui refaire surface sous le nom de « droite décomplexée ». Un peu plus de cinquante ans après Vichy et une trentaine d’années après l’OAS, il serait enfin possible de reprendre la vie commune ou du moins de s’y préparer. Jérôme Rivière ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit « Tant que la droite repoussera le Pen, elle repoussera ses électeurs » ; « Quand Nicolas Sarkozy dit : « La France aimez-là ou quittez-là », il est dans cette posture. C’est le discours de le Pen depuis vingt ans ; mais il ne va pas jusqu’au bout de sa reconnaissance implicite de ses « valeurs communes » avec le FN. »

Une droitisation pas encore achevée Pour beaucoup, le sarkozysme a été l’occasion d’en finir avec cette « droite repentante », cette « fausse droite », cette « droite honteuse », cette « droite où l’on n’arrive jamais », cette « droite laxiste » mais tout ne serait pas gagné. Nicolas Sarkozy hésiterait encore à franchir la ligne jaune. Chacun le dit à sa façon : la droitisation nécessaire du régime n’est pas achevée. Certains espèrent dans une simple victoire idéologique, d’autres semblent davantage s’en remettre aux logiques électorales, d’autres enfin attendent avec espoir que les désordres obligent droite et extrême droite à se liguer. Claude Reichman, peu connu du grand public, est un acteur central de ce virage. Co-fondateur en 1996 du parti pour la liberté, vice-Président en 1999 de la Droite libérale chrétienne de Millon, fondateur en 2003 de Droite de France, co-initiateur du mouvement la Révolution Bleue, animateur à « radio Courtoisie », adepte de toujours de « l’union de la droite réelle », ce qui suppose de cesser de « diaboliser le front national » et de créer les conditions pour que l’alliance des droites se réalise au plus vite : « M. Sarkozy a pris le château, mais le communisme est toujours là et n’entend pas se laisser réduire. Il faudra pour cela un mouvement puissant et des acteurs totalement déterminés, comme ont pu l’être en leur temps et dans leur pays, Ronald Reagan et Margeret Thatcher… » . L’éditorialiste Philippe Tesson en rajoute dans le même registre : « Sarkozy a délibérément choisi la semi-rupture » (11 juillet). Même son de cloche chez Guillaume Roquette (directeur de Valeurs actuelles) qui tout en se félicitant que la droite soit « enfin décomplexée » appelle à rester vigilant envers la majorité.

Une victoire à la pyrrhus C’est que paradoxalement la victoire de Sarkozy pourrait redonner de la vigueur à tous ceux qui à droite s’opposent encore à l’union des droites… sous prétexte que l’UMP pourrait se passer désormais de cette alliance. Le refus d’aller plus avant vers un mariage avec la droite extrême risquerait alors de priver la « droite décomplexée » d’un avenir pourtant radieux. L’opération semblait en effet bien lancée avant la victoire de Sarkozy comme l’atteste le succès de l’appel de Jérome Rivière (alors député UMP de Nice, rallié par la suite à Philippe de Villiers dont il deviendra Président du Comité de soutien, ce qui lui vaudra de perdre l’investiture de l’UMP et son siège). Le député encore UPM ne faisait alors pas de détail : « Je considère que la droite a le devoir de s’entendre avec le FN » ; « « Il est temps de passer outre nos différences. Afin de faire gagner la France » ; « j’en appelle donc, partout où cela sera nécessaire, à la conclusion d’accords électoraux, sur le modèle de ce qui fut réalisé à Dreux en 1984 (où une liste estampillée UDF-RPR-FN l’avait largement emporté contre la liste PS-PC) » ; « Tant que la droite repoussera le Front national, elle repoussera ses électeurs » ; « 56 % de l’électorat de l’UMP trouve « justes » les idées de Le Pen » (In La droite la plus repentante du monde, Editions du Rocher, 2007). Ce coup était en fait préparé de longue date : Jérome Rivière fut en effet, en 2003, avec quatre autres députés UMP de renom, Etienne Blanc, Yannick Favennec, Georges Fenech et Richard Maillé l’un des signataires, d’un appel publié dans Le Figaro sous le titre évocateur « pour une droite libre et décomplexée ». La presse de droite extrême et d’extrême droite ne s’y était d’ailleurs pas trompée en leur ouvrant massivement ses colonnes (Valeurs actuelles, Minute, Présent, etc) : Pour « oser la droite de conviction », il faudrait « oser réunir toute la droite » et pour cela , « le mur qu’on a construit autour du FN, en isolant 6 millions de français, doit tomber » ; « il est temps d’en finir avec le cordon sanitaire placé autour du FN », etc. Invité après la publication de son ouvrage par la même presse, le député UMP renchérissait en confiant au magazine Présent du 6 avril 2007 « la question d’un accord avec le FN ne doit plus être tabou » ; « je ne fais que dire publiquement ce que pense la majorité des députés UMP ». Il ajoutait pour les lecteurs de Minute : « la posture Sarkozy qui consiste à prendre les mêmes attitudes que le Pen et à tenir des propos proches des siens dans le but de récupérer ses électeurs, ça ne marche pas. Il faut dire à ces électeurs qu’on les a compris et se réunir pour travailler ensemble »… Les conditions de la victoire de Sarkozy pouvaient cependant laisser croire que piller les thèmes et les idées de l’extrême droite suffirait… alors que cette victoire n’est due qu’à l’absence de contre-projet et que le Front national a su préserver des réserves électorales indispensables à la droite.

Les ultra-libéraux agents de la réconciliation des droites Les ultra-libéraux constituent aujourd’hui le meilleur atout pour une alliance entre les diverses familles de droite, extrême droite incluse. Eux seuls détiennent en effet les clefs du passage entre les droites parlementaires et l’extrême droite puisque l’ultra libéralisme est devenu depuis longtemps la roue de secours des anciens extrémistes notamment ceux d’Occident… Alain Madelin (ancien Ministre de Chirac puis de Baladur, soutien actif de Charles Millon lorsque celui-ci se fera élire Président de région avec les voix du Front National, co-fondateur dans sa jeunesse du groupuscule néo-fasciste Occident, sa propre élection comme député fut d’ailleurs saluée en son temps par Minute comme celle d’un élu « d’extrême droite par majorité interposé », l’un des rares Français membres de la Trilatérale) fut l’un des premiers à souhaiter l’Union des droites d’où la fondation en 1994 du Club « Idées Actions » dans le but de rapprocher les différentes familles (à l’exception de celles cataloguées comme une « fausse droite » façon Bayrou). Jacques Garello, « gardien du temple » des libéraux selon L’Expansion, « gourou de la secte néo-libérale » selon Marianne et « pape du libéralisme » selon Le Figaro multiplie les interventions en faveur de cette droitisation. Ce « libéral conservateur », qui se dit proche de Raymond Barre et de Charles Millon, fut notamment l’auteur en 1998 du « Manifeste pour l’entente à droite dans le but d’engager un dialogue public avec le FN en vue de constituer une alternance de gouvernement »… Yvon Jacob (PDG de Le gris Industrie), qui fut président du club Idées Actions, vice-président de Génération libérale (clubs de Jacques Garello) sera second lors de l’élection à la présidence du Medef en 2005, rallié depuis à Florence Parisot, il est membre du conseil exécutif du Medef. Le mouvement Alternative libérale (fondé avec le soutien de Madelin en 2007) d’Edouard Fillias et de Sabine Herold (ancienne égérie de l’association Liberté chérie) et toute une myriade de groupes libéraux travaillent également de leur côté à ce rapprochement des divers droites, convaincus que de ce mariage ne pourrait naître qu’un renforcement du libéralisme … même s’ils se réjouissent surtout, à ce jour, de l’entrée au gouvernement Fillon de trois authentiques libéraux l’ex-socialiste Bockel, le non repentant Hevé Novelli et luc Chatel (un des Réformateurs de l’UMP aux côtés des Devedjian, Novelli, Goasquen, Longuet, Pierre Lelouche, membre lui aussi de la Trilatérale, tout comme Alain Madelin lequel sera présent lors de la fondation de ce mouvement des Réformateurs -aujourd’hui en repos -- à la Mutualité le 7 mars 2006). Le Front National reste divisé sur la stratégie à adopter face aux offres d’alliance. D’un côté Le Pen multiplie les signes de contentement. Il juge « efficaces » les premiers mois de Nicolas Sarkozy à la présidence. Il lui reconnaît du talent : « je crois que chacune de ses actions est mûrement réfléchie, pesée, très bien informée et jusqu’ici assez bien réalisée » et salue même l’aspect « moralement positif » de son action car « il tient un certain nombre de ses promesses électorales ». De l’autre côté, Brice Hortefeux fait miroiter au Front National l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives tandis que Sarkozy, selon la formule de Le Pen, « reçoit qui il veut, quand il veut, où il veut », bref il l’a déjà invité à deux reprises à l’Elysée. (alors qu’il ne fut jamais invité par Chirac en 12 ans de mandat…). La question n’est plus de savoir si l’alliance des droites, extrême droite comprise, se fera, mais quand et comment c’est-à-dire sous quel prétexte. Elle suppose sans aucun doute une refondation de l’extrême droite : à la façon dont le MSI néo-fasciste infréquentable s’est métamorphosé, au moindre coût idéologique pour lui, en une Alliance nationale fort respectable… Jean-Marie Le Pen y est-il favorable ? Probablement. Rien ne serait d’ailleurs plus faux que d’opposer sur ce point les partisans de Marine Le Pen et ceux de Bruno Goldnich (rapprochement avec Million). Bruno Megret y est également prêt car cela lui permettra de revenir au centre de la vie politique mais correspondrait à son vieux fantasme d’horloger (membre du Club de l’horloge) d’unifier toute les droites. Ne lançait-il pas déjà dans la Croix du 6 octobre 1996 un vibrant appel à la « droite conservatrice et antiétatique qui a vocation à s’entendre avec la droite nationale » ? La seule interrogation concerne donc le peuple de droite : est-il fondamentalement prêt à pactiser avec l’extrême droite ? Autrement dit les valeurs de l’extrême droite sont-elles celles de la droite ? Une partie de la réponse est sans doute dans la capacité du Modem a instituer un centre-droit héritier du refus de tout compromis avec l’extrême droite, osant dire qu’il a des adversaires irréductibles à sa droite.

De : Paul Aries, directeur du sarkophage
jeudi 1er novembre 2007

Douleurs et compagnie .

Classé dans : Non classé — domikpcf @ 11:30

Télécoms, douleurs et compagnie

tranches de vie . La privatisation de France Télécom a transformé la culture du travail pour ses salariés, engendrant une explosion du mal-être dans l’entreprise. Pour donner à voir cette souffrance et « faire vivre les résistances », un comité d’entreprise a fait appel au théâtre forum.

Samedi soir, à Chelles, c’est jour de représentation. Sur les marches de ce centre culturel de Seine-et-Marne, la quinzaine de comédiens accueille son public, un brin particulier : la plupart travaillent à France Télécom et viennent de toute l’Île-de-France, accompagnés de leur famille ou d’amis. Titre de la pièce : « les Impactés », une création de la compagnie NAJE -- Nous n’abandonnons jamais espoir. Une évocation de la vie au travail des salariés de l’entreprise de télécommunications, privatisée en septembre 2004 mais qui emploie toujours une majorité de fonctionnaires. Malgré le début des vacances de la Toussaint, il y a plus de 450 personnes dans la salle, pour la plus grande satisfaction de Fabienne Brugel, la metteuse en scène. « Le spectacle est conçu pour eux. Certes on ne leur apprend rien, on raconte juste ce qu’ils vivent au jour le jour. Mais, pour une fois, ils deviennent spectateurs de leur quotidien, prennent du recul et peuvent réfléchir avec un angle nouveau. »

C’est le comité d’entreprise francilien de France Télécom qui, poussé par le syndicat SUD puis la CGT, est à l’origine du projet, fin 2006. Pendant plus de trois mois, Fabienne Brugel a réalisé une centaine d’entretiens avec des salariés volontaires. Fonctionnaires, contractuels, syndiqués ou non, techniciens, cadres, certains en « arrêt maladie », d’autres fraîchement retraités… De l’ensemble de ces témoignages en sont ressorties seize saynètes qui se succèdent pendant près d’une heure et quart. « Tout est réel, a été vécu, signale Fatima, une des comédiennes de la troupe. Pour avoir une trame générale, on a juste fait comme si la direction découvrait et façonnait au fur et à mesure ses règles de management. »

et sur scène…

Entrée en scène de la PDG de France Télécom et de son conseiller en management.

PDG. Et voilà, je me retrouve à la tête d’une boîte privée composée essentiellement de fonctionnaires.

Y a qu’à moi que ça pouvait arriver, ça !

Conseiller. Mais non madame,

ça arrivera aussi aux futurs PDG de

La Poste, de Gaz de France, de la SNCF, d’EDF… Vos fonctionnaires,

supprimez-les.

PDG. Pardon ?

Conseiller. Supprimez-les. Je les déteste. Mon père était fonctionnaire.

PDG. Vous au moins, vous êtes expéditif, mais malheureusement,

je ne peux pas.

Conseiller. Bien sûr que vous pouvez.

Il faut juste qu’ils partent d’eux-mêmes. Et si vous suivez mes conseils,

ils demanderont tous à partir

ou ils feront ce que vous leur direz.

PDG. Je vous écoute.

Conseiller. Commencez par empêcher

la résistance. Pour résister, il faut penser. Pour penser il faut des mots. Pervertissez le vocabulaire, changez-le, décomposez-le, détruisez-le.

PDG. Ah oui, à la Star Academy, quand ils virent un candidat, ils disent qu’il est nominé.

Conseiller. Nominé, c’est un peu fort

de café. Mais par exemple, un service n’est plus restructuré, il est impacté.

PDG. Ah c’est joli.

Conseiller. Et puis le gros mot, surtout, vous ne le dites plus.

PDG. Lequel ?

Conseiller. Service public. Et vous

ne dites plus usager, vous dites client.

PDG. C’est le b.a.-ba.

Conseiller. Bon, et puis vous parlez anglais ? Alors vous dites le plus

de choses possible en anglais.

Ça a une autre gueule en anglais. Et puis c’est plus facile de pervertir les mots quand on passe par l’anglais. Vous ne dites plus hiérarchie, vous ne dites plus chef, vous dites manager !

PDG. Coach… Back office, kick off, road-show, benchmarking, lean-management…

Conseiller. Il n’y a plus d’engueulade,

il y a des briefings. Vous noyez

le poisson, quoi !

PDG. Ils ne doivent plus pouvoir penser.

Folie mentale

Restructurations, fermetures de services, culpabilisation du personnel, pressions pour « faire du chiffre », concurrence entre salariés, management infantilisant, concours de foot interne pour doubler ses primes, les scènes s’enchaînent. « C’est une très bonne photographie de la réalité », constate Jean-Gabriel Lainey, le secrétaire du CE d’Île-de-France. En 2006, la direction de France Télécom a annoncé son intention de supprimer 22 000 emplois, sur les 108 000 que compte l’entreprise, d’ici à 2008. Mais, malgré ses dimensions phénoménales, ce plan passe largement inaperçu car, tablant sur des « départs volontaires », l’entreprise n’est soumise à aucune obligation de mettre en oeuvre un « plan social » et organise donc à grande échelle une restructuration permanente sans mot dire.

Selon les chiffres mêmes de la direction, entre 50 % et 70 % de la gestion technique est désormais sous-traitée, une évolution similaire pour 30 % à 40 % des activités de câblage et de réparation. « Le coeur du métier est parti à la sous-traitance, poursuit, affligé, Jean-Gabriel Lainey. La direction pousse les gens à se “reconvertir” dans les boutiques France Télécom avant de proposer de les mettre en franchise. Tout cela s’accompagne de la volonté de casser les solidarités internes. Même les pots de départ en retraite collectifs ne sont plus possibles : maintenant sur les plateaux téléphoniques, les salariés se relaient et ont chacun dix minutes pour dire au revoir au retraité. Il n’y a plus de discours du chef, plus de reconnaissance officielle ! » En filigrane ressort une « folie mentale » des salariés à passer de la culture de service public à une culture de boîte privée, s’alarme pour sa part Jean-Marc Palau, syndicaliste CGT. « Les techniciens qui, par exemple, ont installé le téléphone dans tous les foyers français il y a trente ans, maintenant, à la fin de leur carrière, on les envoie à l’assistance téléphonique ou à la vente en leur exigeant une rentabilité économique forte, quitte à ce que cela se fasse au détriment des consommateurs ! » Chez France Télécom, près de 80 % des salariés ont encore le statut de fonctionnaire. En moyenne, leur âge oscille entre quarante et cinquante-cinq ans.

et sur scène…

Un challenge régional est organisé

au 10 14 sur les abonnements 8 mégas.

À chaque vente, le salarié a deux euros de bonus. Pendant toute la journée, l’équipe de Carine, la chef, se défonce.

Chef. Attention, cinq, quatre, trois, deux, un, c’est fini ! On a gagné ! On est les gagnants de toute l’Île-de-France. J’en étais sûre, on est les meilleurs !

Tous chantent, sauf la syndicaliste

et la fonctionnaire « on est

les champions, on est les champions ».

Chef. Bon alors, les tirs au but. Vous avez une chance de doubler vos mises. Vous allez faire des tirs au but. Ceux qui réussissent leur but, il doublent

leur bonus. Voilà le but, voilà le ballon. Qui commence ?

Éric. Moi !!

Il tire et réussit son but. Tous applaudissent.

Chef. Alors Jacques t’en as vendu quatre. T’as donc huit euros, tu as doublé, ça fait 16 euros… Bon, c’est vrai, c’est pas les salaires de l’équipe

de France, mais quand même.

C’est à qui maintenant ?

Farida. Moi…

Chef. Attention, attention. Pour toi l’enjeu est important. T’es la meilleure vendeuse du jour.

Farida. J’en ai vendu 10.

Chef. Dix, ça te fait 20 euros, donc 40 euros et 80 euros parce que t’es la meilleure. Tu joues donc pour 80 euros !

Farida tire mais rate son but.

« vendeuse, pas arnaqueuse »

La nuit est tombée à Chelles, le spectacle se déroule devant un public très réactif. Dans la salle, les situations jouées provoquent quelques réactions spontanées de spectateurs. L’ambiance est presque confidentielle tant le texte regorge de « PIC », de « PVV », de « TIC », de tout un vocabulaire interne à France Télécom. Fin de la pièce. Ovation appuyée de la salle. Fabienne Brugel prend le micro et stoppe les applaudissements de manière presque autoritaire : « Maintenant, c’est à vous ! » Car la particularité de cette compagnie, c’est de pratiquer un théâtre forum. Résultat, à l’issue de la représentation, certaines scènes clés sont rejouées, au cours desquelles, cette fois, les spectateurs-salariés sont invités à venir remplacer certains comédiens pour changer le cours des choses, jouer leur avis, apporter un questionnement ou des solutions.

« Le théâtre forum peut nous permettre de mettre en commun nos réflexions et nos propositions pour retrouver le sens du collectif à France Télécom », explique Jean-Paul Van Damme, du comité d’entreprise. Forcément, la première minute est la plus rude, le temps que les premiers se désinhibent. Une trentenaire monte sur scène pour expliquer au chef factice qu’elle est « vendeuse, pas arnaqueuse », un autre pointe du doigt le manque de solidarité entre salariés et explique qu’il n’est « pas facile d’être unis quand les statuts sont différents », une autre encore rappelle que, « contre les abus, il y a encore des textes de loi ». Très vite, les volontaires font la queue au bas de l’estrade, les idées fusent. Pour se réserver des temps de vie collective, « les appels pourraient être transférés exceptionnellement vers d’autres plateaux, comme ça se faisait avant, au 10 14 » ! Des interrogations plus profondes sortent aussi de la bouche de ses acteurs d’un jour : « Un élu du personnel, ça sert d’abord à représenter ou à informer ? » Et les cadres, « bien que supérieurs hiérarchiques, ont-ils vraiment une marge de manoeuvre » ?

Les impactés du réel

Cette fois le rideau est tombé pour de bon. Après la pièce, la discussion se poursuit autour d’un verre. Parmi ces impactés du réel, certains ont le regard galvanisé mais beaucoup sont groggy. Comme Marie, qui a été forcée d’aller travailler sur un plateau parisien, dans le service après-vente. « On nous interdit de parler entre collègues, on nous limite les pauses pipi, on me refuse des congés. C’est vraiment devenu l’enfer », lance les yeux humides cette fonctionnaire qui, parce qu’elle est « née deux mois trop tard », n’a pas pu bénéficier du congé de fin de carrière, une sorte de préretraite, que France Télécom a proposé à certains salariés. « Ça fait trente ans que je demande ma mutation chez moi, en Martinique, mais il va falloir que j’attende d’être vieille pour rentrer. »

En face d’elle, Franck écoute, pensif. Il est technicien d’intervention client en Seine-et-Marne. « L’optimisme, c’est un mot que j’ai barré de mon vocabulaire », confie ce mécanicien de formation, « fils de paysan », qui a intégré les PTT en 1983. « J’avais passé le concours pour pouvoir redescendre en province et avoir la sécurité de l’emploi quitte à être moins payé ! Car à l’époque les fonctionnaires, ils n’étaient pas considérés comme des privilégiés mais comme des gens sans intérêt, sans ambition. » Depuis 2005, Franck ne travaille plus en équipe, il a été « nomadisé ». Les ordres ? Il les reçoit par e-mail. Les réunions ? Ce sont des rendez-vous téléphoniques deux fois par semaine. Le reste du temps, il est seul avec son ordinateur, sa voiture et son portable.

Le théâtre, un sport de combat

« Le mal de syndicalisation est très fort à France Télécom, dans les entretiens beaucoup de salariés disent refuser de s’y investir par ras-le-bol des guerres intersyndicats », rend compte Pierre Lénel, comédien pour la compagnie NAJE le soir, sociologue au CNRS spécialisé sur la souffrance au travail le jour. Il a également été chargé par le comité d’entreprise francilien d’un rapport sur les pistes de réflexion apportées par cette expérience de théâtre forum. « Face à ce grand écart entre les valeurs de service public sur lesquelles ils ont signé leur contrat de travail et la logique actuelle de rentabilité économique maximale dans un contexte d’un marché de la concurrence, les gens sont poussés à se taire. Le réflexe d’exprimer ses désaccords s’est perdu. C’est justement un des apports du théâtre de l’opprimé : libérer la parole et les ressentis, redonner la possibilité aux salariés d’oser dire “non”, et cela devant leurs collègues et pas dans le cercle familial. C’est minime, c’est sûr, et cela ne remplace bien évidemment pas l’action syndicale mais, dans le contexte de France Télécom, je ne pense vraiment pas que cela soit inutile. »

Il est presque minuit. Les quelques bus affrétés ramènent les salariés chez eux, les autres regagnent leur voiture. Lundi, il faudra retourner au boulot. Le spectacle, lui, continuera son chemin. En Bretagne, dans le Centre, en Midi-Pyrénées, plusieurs comités d’entreprise de France Télécom ont déjà pris des contacts avec la compagnie.

Christelle Chabaud Photographies Francine Bajande

l’ Huma du 31 / 10 / 07