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9 novembre, 2007

L’ arnaque !

Classé dans : Non classé — domikpcf @ 22:33

Médecine du travail : l’arnaque du MEDEF

Patronat . Après l’affaire de la « caisse noire » antigrève de l’UIMM, les branches locales du MEDEF sont suspectées d’utiliser à leur profit des fonds destinés à la médecine du travail.

« S’il doit y avoir une opération “mains propres”, cela ne s’arrêtera pas à l’UIMM, pronostiquait il y a quelques semaines un ancien dirigeant patronal. Les MEDEF locaux n’ont plus d’argent parce que les grandes entreprises préfèrent cotiser aux fédérations professionnelles. Les pompes à finance, c’est la formation et la médecine du travail. » Hier, avec la publication d’une enquête conjointe de France Inter et du site Web Rue 89, le MEDEF s’est retrouvé contraint de patauger dans les mêmes marécages que sa principale fédération professionnelle, l’UIMM. Selon nos confrères, « l’argent de la santé des salariés finance les comités locaux du patronat ». Leur enquête pointe le phénomène, « très en vogue dans les Hauts-de-Seine », du « financement en sous-main des biens immobiliers du MEDEF » par le biais de complexes montages financiers, et livre plusieurs exemples de détournements : un service médical interentreprises passant avec le MEDEF une convention qui stipule que la médecine du travail prendra en charge les frais de secrétariat, la moitié d’un salaire d’un cadre du patronat local, ainsi que le véhicule de l’organisation ; des versements de « salaires » indus pour des entrepreneurs locaux gestionnaires de l’association de médecine du travail, ainsi que la prise en charge de voyages…

Simples faits divers ou véritable système de financement occulte des déclinaisons territoriales du MEDEF ? Hier, en marge d’une rencontre sur le handicap, Hugues-Arnaud Mayer, figure de proue des MEDEF territoriaux et proche de Laurence Parisot, a, sous l’oeil de Cathy Kopp -- la remplaçante de Denis Gautier-Sauvagnac pour les négociations sur le marché du travail -, affirmé ne pas avoir connaissance de détournements et contesté l’idée d’un « système de financement » des branches locales du MEDEF par le biais de la médecine du travail. « La kyrielle d’associations qui couvrent le territoire ne sont pas sous l’autorité du MEDEF, avance-t-il. On nous révèle supposément des cas particuliers, mais la médecine du travail n’est pas sous le contrôle des MEDEF territoriaux. Ce sont des associations d’entrepreneurs qui gèrent les associations dont on nous parle. Il n’y a pas de liens structurels entre un MEDEF local et la médecine du travail de son territoire… On n’a pas de liens systémiques et si certains collègues ont fait des choses répréhensibles, avec la présidente qu’on a à la tête du MEDEF, je suis sûr que ça ne va pas se passer comme ça ! Pour l’heure, je peux affirmer que pas un centime n’a servi à un MEDEF territorial. Si des personnes physiques se sont mal comportées, c’est évident que ça n’est pas compatible avec des fonctions dans des MEDEF territoriaux… »

S’il n’y a pas de « liens structurels » entre le MEDEF et les services interentreprises de médecine du travail (SIEMT), ces organisations sont souvent tellement imbriquées que leurs intérêts finissent par se confondre. C’est bien le patronat, CGPME ou le plus souvent MEDEF, qui gère la médecine du travail : les SIEMT sont des associations loi 1901, présidées par un patron qui est le plus souvent un ponte local du MEDEF. C’est lui, via le conseil d’administration formé de deux tiers d’employeurs, qui décide du montant des cotisations versées par les entreprises adhérentes, explique Mireille Chevalier, secrétaire générale du SNPST (personnels de la médecine du travail). Ce médecin n’a jamais été témoin de détournements de fonds, mais ne serait « pas étonnée » qu’ils aient lieu : « C’est tentant. »

En revanche, elle décrit des relations incestueuses entre les SIEMT et les MEDEF locaux : « Il n’est pas rare que des SIEMT partagent des locaux avec le MEDEF, leur paient des loyers, et il est fréquent que des services, comme à Poitiers ou à Angoulême, cotisent, en tant qu’organisme patronal, directement au MEDEF. »

« Ces dérives sont de notoriété publique », rappelle François Desriaux, rédacteur en chef de la revue Santé et Travail. « Quand on a les mêmes locaux, les mêmes patrons,

le même secrétariat », il est facile d’organiser une comptabilité trouble. « Certes, cette affaire pose le problème du financement du MEDEF via des officines, mais cela pose avant tout le problème de la médecine du travail au regard de ses missions, poursuit François Desriaux. La gestion patronale pollue l’objet même de la médecine du travail. »

Mireille Chevalier relève qu’en même temps qu’ils fixent les taux de cotisation, les conseils d’administration des services de médecine du travail « réduisent au maximum les coûts, ce qui est une atteinte à notre efficacité, sinon à notre indépendance ». Ces détournements n’en sont pas la seule cause, mais « ils interviennent dans un contexte où les services n’ont pas les moyens financiers à la hauteur de leurs missions : c’est peu de dire que les directeurs n’ont pas la fibre préventive ». Résultat : des embauches bloquées, ou des médecins forcés d’aller quémander des fonds à l’État ou à l’assurance maladie pour mener des enquêtes épidémiologiques. « En région parisienne, où des services de médecine du travail sont en concurrence sur un territoire, les financements sont encore plus serrés, et la situation, catastrophique. »

« Que fait la police ? » interroge François Desriaux. Il pointe la « faiblesse syndicale » qui fait que le rôle de contre-pouvoir des commissions de contrôle n’est pas assuré. Et rappelle que la police, c’est l’État, « via la direction générale du travail, qui est chargé de délivre

un agrément, et a la possibilité d’infliger des sanctions » aux SIEMT, dont la gestion connaîtrait des dérives. De ce côté-là, « il y a une carence manifeste ».

Après avoir donné le sentiment d’hésiter sur la conduite à tenir pendant quelques semaines, Laurence Parisot avait, malgré les liens organiques, idéologiques et financiers entre leurs organisations, décidé d’établir un « cordon sanitaire » autour de Denis Gautier-Sauvagnac, numéro deux du MEDEF et président délégué général de l’UIMM… 22 millions d’euros retirés en liquide sur les comptes de l’UIMM entre 2000 et 2007 afin de « fluidifier les relations sociales » ? « Un secret de famille que nous ignorions complètement », affirme la présidente du MEDEF, en admettant dans un splendide oxymore que « beaucoup savaient inconsciemment ». Une « caisse noire » de 600 millions d’euros pour casser les grèves ? « Ubuesque », rétorque Laurence Parisot. Et si, à travers la mise en lumière des relations incestueuses entre le patronat et la médecine du travail, le père Ubu venait de s’inviter à la grande table du MEDEF ?

Lucy Bateman et Thomas Lemahieu

l’ Huma du 08 / 11 / 07

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