IL EST INTERDIT D’AUTORISER
Nico a donc eu raison de l’herbe à Nicot.
Depuis le 1er janvier, il est interdit de fumer dans les bars, les restaurants, les débits de tabac eux-mêmes et les discothèques.
Exigence de santé publique. Il est, en effet, incontestable que la consommation tabagique nuit gravement à la santé et tue.
Mais faut-il agir ainsi ? Et pourquoi, dans ce cas, ne pas aller jusqu’au bout en interdisant purement et simplement la vente de tabac ?
Car nous en arrivons à ce savoureux paradoxe : le bannissement de la fumée des lieux mêmes où nous trouvons les moyens de la produire, chez les débitants.
Il s’agit, nous dit-on, de combattre le tabagisme passif. Fort bien. Un rapport parlementaire récent établit que 90% des cancers consécutifs à un tabagisme passif ont pour origine le domicile de la victime, dont le conjoint, la conjointe ou les enfants fument, et 10% seulement (même si c’est déjà trop !) les lieux publics. Il me semble donc que les dispositions qui s’imposent doivent être à la juste proportion du danger. Mais allons-nous interdire à nos concitoyens de fumer chez eux, installer des détecteurs de fumée chez chacun après les caméras, qui déjà fleurissent dans les cages d’escaliers et les ascenseurs ?
Pour ma part, je ne crois qu’à la vertu de l’information, de la pédagogie et de la citoyenneté.
Sinon, pourquoi existerait-il deux poids et deux mesures ? L’alcoolisme est un fléau. Interdisons les vins et spiritueux dans tous les lieux publics et dans les bars eux-mêmes. Ils sont, en effet, dangereux pour ceux qui en consomment et incitatifs pour les autres, pour les jeunes en particulier.
Interdisons les hamburgers dans les fast food car ils sont cause d’obésité et de cholestérol.
Interdisons les frites dans les brasseries pour les mêmes raisons et pendant que nous y sommes, les sodas producteurs de diabète.
Evidemment, c’est idiot ! Mais cela l’est parce que nous touchons au fond du problème.
Une société démocratique repose sur la responsabilité des citoyens. La liberté n’est pas ce qui reste quand nous avons fait la somme de ce qui est interdit et que nous l’avons retranchée de ce qu’il nous est possible de faire.
Les prohibitions n’ont jamais fondé la responsabilité. Elles ont toujours débouché sur les combines et les trafics. Les Français achètent moins de tabac en France en raison de son coût mais les achats dans les pays frontaliers ont explosé et la contrebande prolifère.
Nous aurions pu nous inspirer de l’exemple espagnol en l’adaptant. Il est d’abord absurde d’interdire la consommation de tabac dans les lieux où il est vendu. En second lieu, pourquoi ne pas laisser le choix aux exploitants d’établissements de moins de 100 m² d’être des endroits fumeurs ou non fumeurs ? Songeons, en effet, aux menaces que la nouvelle règlementation fait peser sur les bars en milieu rural, souvent derniers endroits de rencontres et de convivialité.
En troisième lieu et surtout, déployons une politique d’éducation et de prévention sur les dangers du tabac et des autres fléaux menaçant la santé.
Evidemment, pour cela, il faut considérer que l’action publique a pour objectif de conduire chacun sur les voies de la responsabilité et de la citoyenneté. Sarko ne voit en chaque Français qu’un consommateur, dont il faut contenir les pulsions d’autant plus grandes que ses insatisfactions sont nombreuses. La bonne santé d’une société ne se mesure pas à l’aune des indices du CAC 40 et des taux de profits. Elle s’établit sur l’effectivité de ce contrat, qui conduit chaque citoyen à apporter sa pierre à l’édifice commun et à être payé en retour. Le citoyen n’est pas alors contraint de faire la somme de ses droits ou de ce qu’il en reste. Il a d’abord le sentiment du devoir de ce qui est bon pour la société et pour lui-même.
Nous sommes loin de Nico et de son espace frimeur.
Patrice Carvalho






