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15 janvier, 2008

Francis Parny : « Il faut anticiper l’explosion numérique »

Classé dans : Non classé — domikpcf @ 5:14

de Francis Parny

Vice-président (PCF) du conseil régional, en charge de la Culture.

A l’occasion des états généraux de la culture, qui se tiennent aujourd’hui, vous allez débattre de la numérisation des cinémas. S’agit-il d’un enjeu important ?

Nous sommes à l’heure de l’explosion numérique. Peu de films sont réalisés en numérique aujourd’hui, mais il faut anticiper, car cette technique va rapidement se généraliser. Les majors n’auront aucun mal à numériser leur catalogue et à équiper leurs salles. Quid en revanche des cinémas indépendants ? L’équipement d’une salle, avec la modification de la cabine, coûte entre 80 000 euros et 100 000 euros. Certaines structures n’auront pas les moyens de s’équiper, et risquent de souffrir considérablement.

Que peut faire la région sur un tel dossier ?

Aux Etats-Unis, ce sont les diffuseurs qui financent. En France, nous sommes à la recherche d’un modèle économique différent, pour éviter que ces derniers contrôlent tout et fassent pression sur la diffusion des films. L’intervention publique est nécessaire, et la région, en partenariat avec le CNC [Centre national du cinéma], veut être moteur sur ce dossier. Nous possédons sur notre territoire quelque trois cents salles indépendantes, soit mille écrans, et nous voulons continuer à défendre la diversité culturelle. Nous avons donc provisionné 750 000 euros pour cette année, afin de financer à hauteur de 50 % les travaux d’équipement d’une salle. Ainsi, dès le deuxième semestre 2008, nous allons pouvoir aider une trentaine de cinémas en Ile-de-France. Evidemment, nous avons choisi la norme la plus performante, dite « K2 », pour permettre aux salles de diffuser tous les films en numérique. Nous allons aussi demander aux cinémas indépendants de se regrouper, afin d’obtenir des prix sur le matériel et les logiciels.

Etes-vous si certain que la « bascule » à l’ère numérique va être aussi rapide ? Il semble qu’UGC ait choisi d’attendre…

Le CNC a lancé une étude qui sera prête fin mars. On en saura alors un peu plus. Mais on sait déjà qu’aux Etats-Unis de nombreux films sont produits en numérique. A la fin du mois, je me rends à Bombay pour faire un état des lieux de la production indienne. Je suis convaincu que cette « bascule » se fera très vite : d’ici à deux ans, peut-être moins. Malgré tout, il faudra intervenir au bon moment : la période de « cohabitation » entre le 35 mm et le numérique doit être la plus courte possible, car cela va engendrer des frais supplémentaires pour les salles.

Combien de salles se sont déjà équipées en Ile-de-France ?

On en dénombre cinq, et trente-neuf dans toute la France. A Paris, le Max-Linder (9e), le Gaumont des Champs-Elysées, le Publicis (8e) et l’Arlequin (6e) sont équipés, le Balzac (8e) est en cours. En banlieue, seul le CGR à Torcy (Seine-et-Marne) a franchi le cap.

Quels sont les principaux avantages de cette technique ?

Le film Azur et Asmar, sorti récemment, a été entièrement tourné en numérique. La qualité de l’image est extraordinaire. Le réalisateur du film, Michel Ocelot, m’a confié que toutes ses réticences avaient été levées quand il a tourné, notamment en raison de la légèreté du matériel. Enfin, d’un point de vue commercial, le numérique, c’est la disparition des copies des films, donc une économie considérable. L’absence de copies peut aussi permettre de porter l’oeuvre le plus loin possible : on pourrait ainsi équiper les centres sociaux pour la diffusion de documentaires. Cette innovation technique peut permettre une démocratisation culturelle, à condition que le marché ne s’en empare pas de façon exclusive.

http://www.20minutes.fr/article/206…

De : Francis Parny
mardi 15 janvier 2008

cite BELLACIAO

Ne pas aller à Versailles,une désertion .

Classé dans : Non classé — domikpcf @ 5:01

Par Jean-Luc Mélenchon, sénateur (PS) de l’Essonne.

traité européen

Comment jugez-vous la décision de Jean-Marc Ayrault et de François Hollande d’appeler au boycottage du Congrès de Versailles ?

Jean-Luc Mélenchon. Très sévèrement, pour deux raisons. La première tient à la vie du Parti socialiste. Cette décision n’est prise dans aucun organe de délibération. C’est sans précédent. Il n’y a eu ni vote au groupe socialiste, ni discussion, ni vote au bureau national. C’est un vrai coup de force. Sur le fond, il s’agit d’une désertion, d’une hypocrisie absolue, puisque le fait de ne pas aller à Versailles revient en réalité non pas à s’opposer, comme les apparences pourraient le laisser croire, mais au contraire à laisser passer le traité de Lisbonne.

Voyez-vous dans ce renoncement qui ne dit pas son nom à la revendication d’un référendum un tournant de fond, à la veille du congrès du PS ?

Jean-Luc Mélenchon. C’est un événement. C’est la première fois que, d’une manière aussi spectaculaire, des dirigeants socialistes décident de se mettre en opposition à un processus qui donne la parole au peuple. Tout cela aura des conséquences en cascade sur la vie du Parti socialiste. Ce n’est plus le même parti avant et après cette décision.

Cette posture de retrait ne séduit-elle pas certains parlementaires socialistes pourtant favorables à un référendum ?

Jean-Luc Mélenchon. J’ai plutôt des échos contraires. Cette position indigne de nombreux socialistes, qu’ils soient favorables ou non à ce traité européen. Des parlementaires ont d’ores et déjà annoncé, de façon ferme, leur intention de se rendre à Versailles. Je pense en particulier à Henri Emmanuelli et à Laurent Fabius.

Le PS abandonne-t-il là, selon vous, un terrain privilégié d’opposition à Sarkozy ?

Jean-Luc Mélenchon. C’est le grand paradoxe. Au moment où Sarkozy est affaibli, où il est en pleine offensive antisociale, lui faciliter la tâche sur le prétendu traité simplifié, qui est en réalité un concentré de tout ce que nous combattons dans sa politique nationale, clui faire un cadeau inespéré. Il est invraisemblable de lui donner ainsi de l’espace au moment où il en manque.

Cette décision compromet-elle définitivement l’espoir de réunir les deux cinquièmes de parlementaires pour ouvrir la voie à un nouveau référendum ?

Jean-Luc Mélenchon. Elle rend ce scénario plus difficile. Mais la partie reste très ouverte. On ne sait pas comment vont réagir les parlementaires socialistes. L’attitude des parlementaires de droite constitue une autre inconnue : certains, soucieux de ne pas apparaître comme cautionnant ce déni de démocratie, pourraient à leur tour décider de ne pas prendre part au vote.

Entretien réalisé par R. M.

l’ Huma du 12 / 01 / 08

L’envahissement publicitaire est insupportable .

Classé dans : Non classé — domikpcf @ 4:42

Entretien avec Francis Parny, membre du Conseil exécutif du PCF, vice-président de la région Île-de-France.

Nicolas Sarkozy vient d’annoncer la suppression prochaine de la publicité sur les chaînes de télévision publiques. Quel est votre sentiment ?

Francis Parny. Ce peut être la pire et la meilleure des choses. Marie-George Buffet a porté cette proposition à l’élection présidentielle. Nous n’allons pas pincer les lèvres. La suppression de la publicité sur les chaînes publiques peut permettre un développement du service public, un développement de la création en les libérant des contraintes financières et de l’audimat qui conditionnent la programmation, et permettre une information pluraliste, c’est-à-dire donnant la parole à l’ensemble de nos concitoyens. ACRIMED a une très belle formule : on a excommunié le peuple à la télévision. Il y a une condition à cela, je vais y revenir. Mais, tout d’abord, nous ne sommes pas dupes. Cette mesure peut aussi être un coup de main aux chaînes privées pour tordre le cou au service public. Tout dépend comment on l’applique. C’est pour cela que, tout de suite, nous avons proposé la transparence dans l’application de cette proposition en demandant la constitution d’une commission parlementaire associant les professionnels de l’audiovisuel, les syndicats et les associations qui traitent des médias. Nous sommes d’autant moins dupes que, concernant la presse écrite, le président de la République ne propose rien pour limiter la concentration des médias dans les mains des puissances financières, mais il dit même qu’il faut aller plus loin. Cela renforce l’idée qu’il faut une commission parlementaire ouverte au débat sur toutes ces questions.

Quelles sont les conditions pour que cette suppression de la publicité sur les chaînes publiques soit bénéfique ?

Francis Parny. La condition essentielle, c’est que cela apporte plus d’argent pour le service public. Nous avons proposé une taxe à hauteur de 5 % sur l’ensemble des recettes publicitaires qui tournent autour de 30 milliards. Ce prélèvement représenterait un volume de 1,5 milliard d’euros. Cela permettrait de compenser les rentrées publicitaires de France Télévisions, aujourd’hui de 800 millions. Permettant de refinancer le service public de l’audiovisuel dans son ensemble, mais aussi de soutenir les médias alternatifs du tiers secteur associatif. À ce propos, que veut dire la taxe « infinitésimale » sur Internet proposée par Sarkozy ?

Au moment où les coûts sur les droits sportifs ou l’information augmentent, n’y a-t-il pas risque de contraindre le service public à réduire sa voilure ?

Francis Parny. Clairement, cette mesure ne peut développer le service public, la création dans l’audiovisuel et une information pluraliste -- ce qui n’est pas le cas aujourd’hui -- que s’il y a plus de moyens. La hauteur de la taxe est donc importante. J’ajoute qu’il faut que l’État joue son rôle de législateur pour réguler la publicité sur les chaînes privées. Nous faisons trois propositions. Il faut confirmer qu’il n’y aura pas deux coupures publicitaires dans les films, confirmer que l’information -- un bien commun -- ne peut être coupée par la publicité, et, enfin, nous demandons depuis longtemps l’interdiction de la publicité dans les émissions à destination des enfants. Nous nous inscrivons dans une logique de réduction de la publicité dans tout l’espace public.

Y compris les grands panneaux d’affichage ?

Francis Parny. Oui, je salue le courage du maire de Sao Paulo qui a supprimé toute publicité dans la ville. L’envahissement publicitaire dans notre vie quotidienne n’est plus supportable. Dans l’audiovisuel, via l’audimat, il conditionne les programmes, la création même. Il faut libérer le service public de cette contrainte liée aux logiques financières. Le service public de l’audiovisuel, c’est pour nous à la fois le groupe France Télévisions, mais aussi les chaînes internationales créées par la France. Elles doivent bénéficier de cette mesure, ainsi que les médias alternatifs dont personne ne peut dire qu’ils sont à la remorque des logiques financières. Les télévisions associatives ont un avantage sur les grandes chaînes, celui de la proximité, c’est-à-dire du rapport aux citoyens. Le développement d’Internet peut créer des réseaux plus localisés qu’il faut soutenir pour favoriser l’expression citoyenne et démocratique. Arrêtons une politique à la fois de disparition des lieux de mise en valeur de la création et de la richesse culturelle de notre pays et, du même mouvement, la constitution de ghettos. On ne peut pas avoir en France une chaîne comme Arte, réservée à ceux qui seraient supposés pouvoir la regarder, et des chaînes publiques ou privées dominées par les industries culturelles.

Entretien réalisé par Claude Baudry

l’ Huma du 12 / 01 / 08