Alerte sur l’emploi à la SNCF.
Fret . Des informations concernant des suppressions massives de postes à venir confortent la CGT dans son appel à la mobilisation de mardi prochain.
Selon le Figaro, la SNCF s’apprêterait à lancer un plan de suppression de 6 000 emplois dans le fret, sous forme de non-remplacement de départs à la retraite. La direction de l’entreprise publique a immédiatement dénoncé « une information sans fondement », précisant que son budget 2008 prévoit « 1 500 suppressions d’emplois ». De leur côté, à l’instar de la CGT, les organisations syndicales ont accueilli avec circonspection « les révélations » du Figaro. Non tant que la perspective de suppressions massives d’emplois leur paraîtrait improbable mais parce qu’elles s’interrogent sur « l’objectif d’une telle annonce ».
Une gestion de plus en plus contestée
Celle-ci intervient alors que la gestion du fret pratiquée depuis 2003 par la direction de la SNCF est de plus en plus remise en cause. À l’intérieur de l’entreprise, bien sûr, où les organisations syndicales n’ont de cesse de la dénoncer. Mais aussi à l’extérieur. Depuis l’annonce, l’été dernier, de la fermeture de 262 gares au wagon isolé, la contestation s’est élargie aux élus locaux, aux associations et même à une part importante de la clientèle de la SNCF. Tant et si bien qu’à l’occasion du Grenelle de l’environnement, les associations et les syndicats ont exigé, dans une déclaration commune, un moratoire sur cette restructuration et une réorientation de la politique ferroviaire qu’ils jugent contraire aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, car favorable au développement du transport routier.
Plus récemment, une majorité des fédérations de cheminots ont, par deux fois, boycotté des réunions sur l’avenir du fret. Le 4 janvier, la CGT, FO, SUD rail, la CFDT, la CFTC, l’UNSA et la CFE-CGC ont refusé de se rendre à une table ronde organisée par la direction. Le 14 janvier, les mêmes organisations (à l’exception de la CFDT) n’ont pas siégé au comité central d’entreprise (CCE). Elles ont voulu ainsi marquer leur refus de discussions se limitant à l’accompagnement social de la restructuration conduite par la direction. Dès lors, on peut se demander si l’annonce d’une réduction drastique de l’emploi dans le fret n’a pas pour but de forcer la main des syndicats en les poussant à accepter une négociation dont le seul but serait de limiter l’ampleur des suppressions d’emplois. Les « révélations » du Figaro semblent en tout cas plutôt conforter les organisations syndicales dans leur demande d’un moratoire sur la restructuration du fret.
Risque de filialisation
Le secrétaire général de la CGT cheminots, Didier Le Reste, estime que la gestion actuelle de cette activité, outre qu’elle est « contraire aux impératifs environnementaux, ne peut conduire qu’à des suppressions massives d’emplois ». En 2007, la direction du fret avait déjà annoncé la disparition de plusieurs milliers d’emplois. Plus généralement, Didier Le Reste dénonce une politique qui vise « à constituer une société indépendante de la SNCF disposant de ses propres moyens de production et de son personnel dans le but de la filialiser puis de la privatiser ». Le responsable syndical appelle le gouvernement « à prendre ses responsabilités ». « On ne peut pas laisser la technostructure de la direction du fret inféodée aux thèses libérales présider aux destinées de cette activité », juge-t-il, avant de rappeler que jeudi dernier, sept des huit fédérations de cheminots ont demandé à être reçues par le premier ministre, François Fillon. Une demande restée sans réponse jusqu’à maintenant.
Dans ce contexte, la manifestation unitaire de mardi prochain sur les régimes spéciaux verra également les cheminots se mobiliser massivement pour l’arrêt de la restructuration en cours de Fret-SNCF.
Pierre-Henri Lab
PCF. Réagissant à « la liquidation de 1 500 postes dans le fret », le député communiste du Nord Jean-Jacques Candelier dénonce « un coup dur supplémentaire pour la situation de l’emploi dans notre pays », en lien avec « les craintes concernant 6 000 emplois » et la suppression de 262 gares « qui se porterait à 400 d’ici la fin d’année ». Rappelant « le rôle majeur du fret dans la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique », il appelle le gouvernement à « mettre fin au jeu de massacre social et environnemental » en engageant « une politique conforme aux objectifs annoncés en grande pompe au Grenelle de l’environnement ».
l’ Huma du 19 / 01 / 08






