Un département à la loupe Présidé par le communiste Hervé Bramy, le 93 fait figure de laboratoire d’idées et de pratiques nouvelles. Le PS convoite la majorité départementale.
Ce n’est pas l’enjeu exclusif des élections municipales et cantonales pour le Parti communiste, mais il est important. Alors que celui-ci, même très affaibli, devrait montrer, au terme de cette campagne électorale, la réalité de son implantation nationale et de sa capacité à rassembler quand il est aux affaires ou en situation de conquête, le département de la Seine-Saint-Denis et particulièrement la bataille pour la présidence du conseil général focalisent de nombreux commentaires.
Les instances départementales du PS se lancent à l’assaut des villes communistes. À Aubervilliers, La Courneuve, Pierrefitte, Villetaneuse, Saint-Denis, Bagnolet, ils ont déposé leurs propres listes, qui divisent la gauche. Dans d’autres communes comme au Blanc-Mesnil, des listes socialistes « dissidentes », parfois en alliance avec le Modem, s’alignent contre les listes d’union conduites par le maire communiste sortant. Cependant, dans la plupart de ces villes, les enquêtes d’opinion et l’examen des forces sur le terrain donnent l’avantage aux listes conduites par les maires sortants.
Pour les cantonales, chacun présentant son candidat de premier tour, la situation est moins anormale. Sauf que le PS, associé de toujours à la gestion du département, mène campagne pour en finir avec la présidence communiste du conseil général et « faire entrer la Seine-Saint-Denis dans le XXIe siècle ». Le député fabiusien Claude Bartolone en fait une affaire personnelle : pour se faire élire, il éjecte de son siège de Pantin le seul élu Verts de l’assemblée départementale. La bataille se jouera à un siège près : communistes et socialistes sont à égalité au conseil général. Un seul siège qui bascule et la présidence peut changer de main. Le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, vient de le faire savoir publiquement : il joue le PS contre le PCF. L’issue est très incertaine.
Alors, recroquevillé sur le XXe siècle, le département de Seine-Saint-Denis ? En retard sur son temps ? Ce territoire est, plus que tout autre, confronté à l’urgence sociale. Mais dans les domaines de la culture, de l’emploi, de la lutte contre les violences envers les femmes ou dans les tentatives de répondre aux besoins exprimés par les jeunes, la Seine-Saint-Denis fait figure de laboratoire d’idées et de pratiques nouvelles. C’est aussi vrai pour la défense de l’environnement, qui lui vaut d’être le seul espace urbain classé « Natura 2000 » en Europe. Ce qui fait dire à Allain Bougrain-Dubourg que « ce qui se fait en Seine-Saint-Denis est exceptionnel ».
« Je reprends à mon compte l’idée d’Emmanuel Todd selon laquelle c’est en Seine-Saint-Denis que s’invente la France de demain, affirme Hervé Bramy. Ici, pour surmonter les obstacles, il faut innover dans tous les secteurs. L’innovation, c’est d’abord l’envie de faire ensemble. » Pour le président du conseil général, « parler d’un département ouvrier du XIXe siècle, c’est une vision discriminatoire à l’égard de la population. Cette stigmatisation est vécue comme une blessure ».
« On a besoin de faire valoir nos talents et nos atouts », affirme Hervé Bramy en référence à l’appel des quatre-vingt-treize personnalités qui s’engagent avec le département. Pour lui, « le trait saillant de la modernité, c’est de permettre l’expression pleine de la citoyenneté » et sur ce terrain, il estime que les élus communistes « se distinguent fondamentalement de tous les autres ». À quelques jours du scrutin, Hervé Bramy se sent serein. « Nous sommes sur des engagements sincères. Le rapport de forces peut se modifier sur un canton, ce n’est pas notre travail de fond qui sera sanctionné. Ma crainte est que la Seine-Saint-Denis n’y perde de son esprit rebelle. Mais nos rapports avec les gens, avec les acteurs du département ne changeront pas. »
Olivier Mayer
l’ Huma du 05 / 03 / 08











