Patronat . Selon Daniel Dewavrin, l’existence du système frauduleux était connue de la présidente du MEDEF. Qui contre-attaque pour diffamation.
Vive la crise ? Les boss du patronat paraissent à deux doigts de laver leur linge sale en public. Finie, la paix armée entre le MEDEF de Laurence Parisot et l’UIMM de Denis Gautier-Sauvagnac : les noms d’oiseaux volent en escadrilles et les accusations explosent comme des bombes à fragmentation dans le camp adverse. Samedi matin, dans le Parisien, Frédéric Saint-Geours, le remplaçant de Gautier-Sauvagnac à la tête de la puissante fédération patronale de la métallurgie, se vante d’avoir « soldé un siècle de pratiques opaques en moins de trois mois », avant de lancer un appel solennel à « éviter toute guerre intestine ». « Une fracture dans le patronat français aurait des effets dramatiques pour nos entreprises », estime le nouveau président de l’UIMM. Quelques heures plus tard, par le biais d’un long entretien au Monde, Laurence Parisot tente, en revenant sur les derniers rebondissements de l’affaire, de consacrer son image de chef de file du « patronat du XXIe siècle », partisane d’une « transparence » totale, éberluée par ce qu’elle dit avoir découvert ces derniers mois. À ce propos, la présidente du MEDEF affirme n’avoir été informée des retraits suspects en liquide sur les comptes de l’UIMM qu’à la veille des premières révélations publiées, fin septembre, par le Figaro.
Feu sur le quartier
général
Illico presto, Daniel Dewavrin, président de l’UIMM de 1999 à 2006 et, entre autres choses, encore mandaté par le patronat tout entier -- MEDEF, UIMM, CGPME et toutes les fédérations professionnelles -- pour le représenter à l’Union d’économie sociale pour le logement (UESL) qui fédère les organismes collecteurs du 1 % patronal, appelle l’AFP pour réagir : selon lui, Laurence Parisot était au courant de l’existence du système à l’origine du scandale depuis bien plus longtemps qu’elle ne le reconnaît. « Denis Gautier-Sauvagnac m’a dit qu’il avait eu une conversation avec Laurence (Parisot -- NDLR) et qu’elle était parfaitement au courant maintenant. Elle était au courant de ça en juin ou en mai 2007, en tout cas avant les vacances. » Dix minutes plus tard, Jean-Yves Le Borgne, l’avocat de Gautier-Sauvagnac, confirme les propos de Dewavrin et fait remonter « au printemps, en mai-juin » la conversation secrète entre Parisot et son client. La présidente du MEDEF réplique immédiatement, via un communiqué : « Les propos de Daniel Dewavrin et Denis Gautier-Sauvagnac selon lesquels j’aurais été informée du système frauduleux, objet des actuelles poursuites pénales qui touchent l’ancien président de l’UIMM, « dès avant l’été 2007″, sont gravement diffamatoires à mon encontre en ce qu’ils signifient que j’aurais menti. Je dépose donc plainte au pénal pour diffamation immédiatement. J’en charge mon avocat dès ce jour. » Et, pour la deuxième fois en dix jours, Laurence Parisot s’invite sur le plateau de France 2, samedi soir. « Ce sont des sacrés menteurs, ces messieurs, s’étrangle-t-elle. Il s’agit de deux personnes qui constituent une vieille garde de l’UIMM et ces personnes sont aujourd’hui mises en cause et devant la justice. » De son côté, affirmant qu’il avait jusqu’ici choisi de ne pas évoquer ces détails dans l’affaire parce qu’« on n’avait pas compris que le MEDEF voulait la guerre totale », Daniel Dewavrin joue les candides : « Si Mme Parisot veut aller en justice, nous irons sereins et tranquilles. Je me suis borné à rapporter un fait, je n’ai aucune raison de ne pas rapporter ce que m’avait dit M. Gautier-Sauvagnac. Je serais étonné qu’il ne l’ait pas dit à d’autres personnes. »
Un armistice
en coulisses ?
« Souhaitons maintenant que l’enquête aille à son terme et nous donne les clés de cette affaire », ose Laurence Parisot dans son interview au Monde. Jusqu’à présent, toute à son « indignation morale » comme elle le reconnaît elle-même, la présidente du MEDEF, comme tous ses soutiens à l’intérieur du patronat, a donné le sentiment de vouloir simplement tourner la page et, en quelque sorte, faire du passé table rase. Comme si, alors qu’entre l’UIMM et le MEDEF, entre les « archéos » et les « modernes », la consanguinité demeure forte dans les instances nationales et locales, se nichait, derrière l’escalade de façade, un armistice en coulisses… Au détriment de la vérité.
Thomas Lemahieu
l’ Huma du 10 / 03 / 08