Les sacrifiés de Cap 3000 .
Commerce . Cinquante-quatre emplois dans la restauration populaire liquidés pour faire place nette dans ce centre commercial haut de gamme.
Saint-Laurent-du-Var
(Alpes-Maritimes),
correspondant régional.
« Trente-six ans d’esclavage et voilà le remerciement : une lettre de licenciement, la fermeture de mon restaurant-gril et une proposition de reclassement dans un Flunch quelconque. Moi, faire bouffer du surgelé, c’est pas mon métier ! » Annie, serveuse à 800 euros net pour 30 heures par semaine, s’accroche comme à une bouée de sauvetage au piquet de la banderole CGT qui ouvre la petite manif (« La moitié des collègues occupent les locaux ! ») qui arpente la rue principale de Saint-Laurent-du-Var. Direction la mairie. Car, ainsi que le clame à la sono Didier Turini, secrétaire général de l’UD-CGT qui a appelé à un soutien interprofessionnel, « le maire ne peut pas se désintéresser de la situation de l’emploi dans sa commune ! ». En l’occurrence, il s’agit de 54 emplois qui pourraient être liquidés dans le centre commercial Cap 3000, un ensemble de boutiques haut de gamme proche de l’aéroport Nice-Côte d’Azur qui, au regard de son chiffre d’affaires, se situerait, selon la CGT, en haut du classement européen des centres commerciaux de ce type.
Alors pourquoi cette suppression d’emplois que les principaux intéressés ont d’ailleurs appris, voilà un mois, par le bouche-à-oreille ! Ce sont trois établissements de la galerie marchande, un restaurant, un bar, une pizzeria, très fréquentés par une clientèle qui veut se restaurer sur place en faisant ses courses, qui devraient mettre la clé sous la porte le 31 mars. Propriétaire des murs, la société des Galeries Lafayette exigerait un loyer en nette hausse versé par le gérant, la société Les Gourmands Disent, elle-même filiale du groupe Agape, propriété de Flunch, qui appartient à Auchan. Le bail a donc été rompu. Un peu vite, selon Jean-Lin Larroque, barman et délégué syndical CGT, qui prévoit la substitution rapide des trois établissements par autant de boutiques de fringues de luxe. La fédération CGT du commerce et des services a eu vent d’un projet de pôle restauration haut de gamme piloté par le groupe Accor dans une aile en déshérence de Cap 3000 où se trouve néanmoins une piscine.
En grève totale depuis trois semaines, les salariés n’ont eu leur mot à dire ni sur ces projets, ni sur leur avenir professionnel. Seul choix proposé : une prime de licenciement correspondant à un dixième de mois par année d’ancienneté ou le reclassement dans un Flunch quelque part en France avec un contrat à durée non précisée de 24 heures de travail par semaine, alors que pour la plupart ils font, en CDI, au moins six heures de plus. Aucun n’ayant accepté, les lettres de licenciement sont parties en début de semaine et les portes des restaurants ont été autoritairement fermées bien avant donc la date de fin de bail. Aussitôt, les locaux ont été occupés et la manif de jeudi, organisée. « Il faut que la population sache ce qui se trame », y disait une jeune gréviste, badge CGT tout neuf sur le coeur, découvrant qu’un bac à frites retourné faisait un excellent tambour…
Philippe Jérôme
l’ Huma du 22 / 03 / 08






